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3615 MYLIFE, Personne ne lira cela, Pro

Un “axe d’amélioration” personnel

Le dernier jour de ma formation de Steward en interne dans ma première compagnie aérienne, nous avons eu droit à une séance de défilé ou un par un, nous passions devant nos formatrices et camarades, je veux dire collègues, en uniforme, fraichement décoré de nos « ailes ». Ayant appris chacun le règlement complet concernant les uniformes, nous devions annoncer ce qui selon nous allait ou n’allait pas sur les uniformes de chacun, le cas échéant.

J’étais sur mon 31, ou presque. Comme ma barbe pousse très lentement, j’ai le second jour de formation négligé de me raser en pensant « ils n’y verront que du feu, ils ne vont rien me dire. » Erreur garçon ! Dès l’entrée en salle de formation ma formatrice m’a fait la remarque « tu ne t’es pas rasé ce matin, n’est-ce pas ? » J’ai été surpris par ce soucis du détail, donc j’ai préféré jouer la transparence. Je lui ai dit que non et lui ai dit pourquoi. J’ai donc eu droit à une pénalité dès le second jour de formation en interne ! Typiquement moi, ça. J’ai pris cela avec philosophie, il faut bien commencer par quelque chose, et on ne m’y reprendrais plus. J’ai voulu être au top sur mon uniforme, et vu que nous les avons reçus dans la dernière semaine de formation, nous étions trop fiers de pouvoir les porter pour oser prendre des libertés avec « The uniform regulations ».

Pour la parenthèse, ce jour de passage en revue des uniformes m’a tellement marqué que je me souviens de tout : l’ultime examen ou chaque mot oublié sur la copie équivalait à une perte de points énorme, la remise des « ailes » et du certificat de sécurité sauvetage Suisse, équivalent du CFS français aux prestigieuses allures de « Graduation » à l’américaine, mais sans le fameux chapeau, et le passage en revue des uniformes, qui nous permettait de nous mater légalement entre nous. Un vrai bonheur.

A mon passage, et sans vouloir me vanter, je faisais très « cabin crew » d’après mes collègues et formatrices, ce qui est un superbe compliment, et je respectais le règlement des uniformes. En apparence. Car au fond de moi, je me sentais tout timide, face à mes collègues qui m’étudiaient dans les moindres centimètres. Puis un détail à alerté ma formatrice, ma chemise. Elle m’a fait enlever ma veste et on a pu voir que ma chemise n’était pas repassée. En effet, je les avais reçues la veille, et elles étaient trop grandes. Donc en somme, ce n’était pas un problème, pour les premiers vols, elles seraient repassées. Là aussi, j’ai préféré jouer la transparence. A la question :

– Pourquoi n’as-tu pas repassé ta chemise ?

J’ai répondu :

– Parce que… je n’ai pas de fer à repasser.

Ce qui encore une fois était vrai. Pourtant cela a fait rire tout le monde. A l’époque, je logeais , louais une chambre dans la maison d’un couple de personnes âgées à qui j’avais l’intention au départ de louer un studio. Je n’avais donc pas beaucoup de place, et si ils me laissaient utiliser leur matériel et déambuler librement dans leur maison, je n’avais pas beaucoup d’affaires avec moi car mon séjour devait rester provisoire.

Quoi qu’il en soit ma formatrice a poussé un peu le bouchon :

– Demande à ta copine de te les repasser ! Elle ne peut pas le faire ?

– Si, mais je sais repasser ! Quel genre d’homme serais-je si je n’étais pas capable de me repasser mes chemises ?

Et voici comment, suite à ce subtil roulement de mes mécaniques, nous arrivons au point que je veux aborder. C’est quelque chose qui relève de la gageure, je pense que s’il y a quelque chose à améliorer dans ce monde je l’ai trouvé : je n’aime PAS le repassage !

 

Il y a un nombre limité de choses qui ne font peur en ce monde, et l’une d’entre elles c’est de rater le repassage d’une chemise. Je trouve cela aussi chiant et risqué que quand je rédigeais mes premières lettres de motivations à la main, à la plume, en traçant des lignes droites au crayon à papier, marges comprises, en écrivant par-dessus, et que recommençais à la moindre erreur ou rature. Oui, c’est comme cela que je faisais. Heureusement que par la suite j’ai rencontré un coach qui m’a dit que les lettres de motivations ne devaient plus être dactylographiées, sinon quelle perte de temps. De plus la lettre en question, c’était pour faire de la mise en rayon à Intermarché en 2004. Sachant que par la suite j’ai été plongeur dans un restaurant, je trouvais désuet de devoir se casser la tête à faire une lettre de motivation à la main pour faire la plonge. Mais je suis aussi passé par là. Quand je dis que j’ai le soucis du détail, c’est pas pour déconner.

Je reviens sur un détail que j’ai commencé à aborder face à mes collègues hôtesses et stewards : pour moi, il est nécessaire qu’un homme sache tout faire. C’est mon Papa Roche qui l’a dit, donc c’est vrai. Je n’ai pas dit que c’est facile ! Et tenir une liste exhaustive serait atrocement long. Alors j’en réuni quelques uns, ceux que je note dans la vie de tout les jours, et parmi faire la cuisine, apporter les premiers secours et parler plusieurs langues (minimum 2 langues étrangères) il y a « savoir repasser ».

Je considère que concernant le repassage, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Ceci est vrai dans la mesure où il faut s’entrainer –oui, s’entrainer- et pratiquer pour conserver ses « compétences » et les améliorer au fur et à mesure. Mais c’est faux dans la mesure où encore une fois, j’ai besoin d’une femme pour me guider.

S’il vous plait, mesdames, mesdemoiselles, n’y voyez aucune misogynie, un homme a toujours besoin d’une femme pour le guider. Et je n’y suis pour rien s’il y a une plus importante part de femmes que d’hommes qui savent m’expliquer « comment » repasser.

J’ai par la suite entretenu mes chemises d’uniforme et personnelles en utilisant cette technique, bon gré, mal gré mon manque de technique. Les chemises d’uniforme profitaient toutefois des améliorations modernes : elles sont cintrées et faites d’une matière qui rend le repassage plus facile. Je n’ose penser au calvaire que représentaient pour nos grands-mères les chemises 100% coton de l’époque, avec un fer à chauffer par intermittence. Oui quand je dois faire quelque chose d’aussi désagréable que cela, je tente de me rassurer en me disant qu’ « avant, c’était pire ». A tort ou à raison, dans tout les cas cela rend la corvée moins pénible.

Il me reste encore beaucoup à apprendre en la matière, car quand j’ai comparé mon travail sur chemise blanche (celle que je réserve aux sélections des compagnies aériennes) et celles repassées par ma voisine du premier, je ressens cette même sensation désagréable que lorsque j’ai été à une soirée salsa à Berlin en février 2012, moi jeune salsero/bachatero inexpérimenté, et me suis retrouvé au milieu de cinquantenaires niveau professionnel qui faisaient danser toutes les filles à merveille alors que je ne savais pas faire la différence entre salsa cubaine et Porto Ricaine. J’vous ai pas raconté ? Tant pis !

Bref, j’aime pas le repassage, mais je dois le faire

Je pense que le jour ou j’arriverais à repasser correctement mes chemises, je me sentirais plus fort, avancé d’un pas de plus sur le chemin de la sérénité et avec un avantage certain sur les autres hommes. Mais il n’empêche que je mets le repassage sur ma liste des choses qui peuvent toujours être améliorée tout au long de la vie. C’est un de mes axes d’amélioration personnel. Mais je ne sais pas si je peux le citer en entretien d’embauche…

Et vous, quelle axe(s) de ce style souhaiteriez-vous améliorer ?

 

Bonus! Les origines de cet aticle absurde

Le titre d’origine de cet article à failli être “Pourquoi je n’aime pas le repassage.” Or, je voulais tourner le titre de façon à ne pas faire apparaitre le mot repassage. Parce que je pense écrire de temps en temps des choses utiles –en tout cas j’espère- au milieu d’un tas de trucs complètements utiles dont tout le monde se fout. Mais je les écris quand même, ça fait de la place dans ma tête. Je pense que ce texte fait partie des nombreux que d’habitude, je garde inachevés sur un coin de disque dur, et quand bien même je les finis, après les avoir laissés décanter, je me dis souvent “ah non, pas celui-ci il est nul.” Mais je l’aime bien, celui-ci. Je n’explique pas exactement “pourquoi” je n’aime pas cela, comme vous l’avez peut être observé. La raison est surtout de ressortir un bon souvenir de “quand j’étais steward”. Nous sommes en février 2014 à Sydney, et j’ai commencé à taper ce texte il y a environ un an, en France, avant de partir en Permis Vacances-Travail. Le souvenir date lui de février 2011. Ce qui fait que le texte a lui bien décanté.

… Vous êtes toujours là? Rendez moi service. Une de mes autres peurs dans la vie est de perdre une chaussette après avoir fait une lessive. Si je commence à écrire et publier des articles parlant de ça, prévenez-vous, ce sera peut être un signe précurseur de démence. Merci.

À propos de Romain Roche

Backpacker. Germanophile. Danseur SBK. Retrogamer. Fou d'aviation, de photo et bien sûr d'écriture. Bienvenue chez moi.

Discussion

4 réflexions sur “Un “axe d’amélioration” personnel

  1. 😀
    Je dois avouer, je n’ai pas tjrs le temps de te lire. Mais à chaque fois, tu me fais décrocher qq sourires et c’est bien plaisant.
    Je ne pense pas avoir grand chose à t’apprendre, mais je sais repasser si tu veux… je pourrais au moins d’aider à améliorer cela.
    Je t’embrasse fort.
    Céline (petite repasseuse, très petite, petite bachatera, très très petite) 😉
    PS : pour les chaussettes, achète toutes les mm… tu n’auras plus de stress !

    Publié par Céline AUPIAIS | 13 février 2014, 01:27
    • C’est très valorisant pour moi de savoir qu’on me lit, surtout par une habituée de mes emails interminables!
      J’ai bien fait de le publier celui-là? 😉
      Merci pour ton offre de coaching en repassage, moi je ne rigole pas avec ça c’est vraiment important. Si je peux repasser une chemise devant toi et que tu me montre quand je m’y prends mal et où, ce sera parait pour que je m’améliore! A mon retour alors!
      Bisous petite bachatera, j’ai appris quelques nouvelles passes en Australie.

      Publié par rocrom | 13 février 2014, 01:43
      • Allez ! On va se prendre un rdv repassage alors ! 😀
        Tu sais que………… tu es le seul et l’unique du genre dans ma vie ! On ne m’a jamais proposé une telle soirée de folie !! MDR
        J’ai un peu lâché la danse ces derniers temps, je préfère boire des cocktails… 😉
        Biz Romain

        Publié par Céline AUPIAIS | 13 février 2014, 02:07

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