//
you're reading...
Actualités, Allemagne, Europe, Histoire

La marche à Verdun

Cimetiere militaire VerdunEn cet an de grâce 2014, et pour les 4 ans à venir, nous allons entendre beaucoup parler du centenaire de la « grande guerre ». Alors que pendant ce temps dans d’autres parties du monde, des conflits meurtriers aussi primitifs que notre grande guerre font rage, la France et son peuple doivent revenir sur ce qu’il s’est passé ici il y a 100 ans. Nous sommes fin août 2014. Au début de ce mois-ci, nous avons célébré le centenaire du début des hostilités, avec notamment le 1er août 2014, l’entrée de l’armée allemande sur le territoire français. Et le 3 août, l’invasion de nos valeureux voisins Belges.

Il faut parler de deuil ici et le ton est de circonstance pour moi, qui ai personnellement eu un deuil familial ce jour du 3 août. L’ambiance était au recueillement et l’est restée alors que j’ai été rendre visite à un vieil ami, et la visite que nous avons rendue à la colline de Verdun.

J’ai beau sentir les doigts me démanger pour écrire sur le sujet, mes mots seront bien faibles pour ce qui est de poser sur papier la sensation que j’ai eue en marchant dans le cimetière, en contrebas de l’ossuaire de Douaumont. Moi qui suis français, amoureux de ma patrie (je regrette qu’a cause des médias et de politique, le terme « fier d’être français » ait une signification maudite), fervent défenseur du drapeau tricolore dans l’hexagone mais aussi à l’étranger, je ne peux pas faire abstraction de ce sentiment de tristesse qui m’a envahi en marchant au milieu de toutes ces petites croix blanches recouvrant le gazon. J’ai bientôt 30 ans et ce fut ma toute première visite à Verdun. Je retournerais volontiers à Verdun, car une journée est bien courte d’après moi pour voir tout ce qu’il y a à voir là-bas. L’Ossuaire de Verdun, les ruines de Douaumont, les dunes creusées au mortier aujourd’hui recouvertes d’arbre sur le village de Fleury-devant-Douaumont, unique agglomération française ayant un maire mais aucun habitant, les ruines du fort de Douaumont, de Souville et les nombreuses tranchées encore couvertes de barbelé.

Patriote farouche, je n’en suis pas moins germanophile, et cette visite là-bas m’a semblée aussi intéressante parce que vous pouvez sentir que les histoires des deux pays belligérants sont mêlées. Il y a évidemment des sentiments variés et très intenses là-bas. Autant pour les français que pour les allemands. Mais il y a aussi un grand respect. Saviez-vous que les deux offensives des deux guerres mondiales se sont passées sur le sol français ? Et que les deux contre-offensives de ces dernières l’ont été sur le sol allemand ? En ce qui concerne le front européen, bien sûr.

Cela explique que tant de cimetières militaires se trouvent chez nous, en France. Chacun étant entretenu par des militaires du pays à qui appartiennent ces défunts. Vous avez les cimetières Français, Allemand, Américain, Britannique, la liste est longue. A noter que les défunts des colonies françaises sont dans les cimetières français, bien entendu. Ces garçons se sont battus pour la France, ils sont donc aux côtés de nos poilus. Ils ont juste une dalle archée à la place de la croix blanche en fonction de leur confession.

En marchant dans les allées du cimetière, j’ai prêté attention aux dates de décès. 1915, 1916… quand la bataille de Verdun s’est achevée, la guerre allait encore durer 2 ans. Quand il y avait des dates de naissance, mais il y en avait surtout dans l’ossuaire, vous pouviez situer l’âge de décès de ces garçons. Et c’est une occasion de plus d’avoir encore froid dans le dos. 30 ans, 20 ans, 18 ans, 17 ans… quelle horreur.

La photo que j’ai prise et mise en tête de cet article n’est pas représentative des dimensions du champ. Pour vous donner une idée, sachez qu’il y a 8 carrés de croix blanches sur le même champ, avec l’ossuaire au nord, et le grand drapeau français. Sur ma photo, j’ai n’ai pas pu faire tenir un carré en entier. Et je ne sais pas si c’est le principal. Si vous prenez cela un peu à la légère, -après tout on a déjà vu plus spectaculaire à la télé- imaginez-vous qu’il y ait un homme debout à la place de chaque croix, et ça vous calmera même le plus insensible des connards.

 

La plaque de l'amitié à Verdun

La plaque de l’amitié à Verdun

J’ai vu des touristes venant de Grande Bretagne, et beaucoup venant d’Allemagne. J’ai discuté avec quelques uns, venus en famille. Les allemands porteront encore pendant des siècles la responsabilité des actes barbares de leurs grands-pères pendant la seconde guerre mondiale. Mais du coup, on leur parle peu de la première guerre mondiale. Donc qu’ils viennent visiter ces sites aussi tragiques pour eux que pour nous est tout à leur honneur. Je leur ai dit « Danke für ihr besuch. » « Merci pour votre visite. » Comprendre : Merci de venir, merci de venir en France, et surtout merci de venir vous souvenir. Car ce n’est pas pour leur faire une remarque déplacée que je leur ai dit cela (L’Allemagne, enfin l’Empire Allemand a perdu la guerre, mais la France a perdue plus d’hommes), c’est pour constater tout le chemin parcouru depuis. Et pour cela, la plaque posée après la visite de François Mitterand et Helmut Kohl dit tout ce qu’il y a à dire :

Nous sommes devenus amis.

Wir sind Freunde geworden.

 

Moi, j’espère qu’on va le rester. Il y a encore beaucoup de choses à dire sur la grande guerre. Beaucoup de choses à analyser, à peser, voire, à juger. Car il y a beaucoup de tristesse, de haine, de souffrance, de séquelles, de mensonges. Bref, une vraie guerre ! Pourtant nous la voyons avec des points de vues très différents. Demandez à vos grands-parents par exemple. Où vos arrières-grands-parents si vous avez la chance d’en avoir encore. Et partagez cela avec moi. Car nous en sommes au centenaire maintenant, si nous ne nous souvenons pas collectivement ce qui s’est passé, nous courons le risque de refaire les mêmes erreurs.

La première guerre mondiale n’est pas très tendance dans l’imaginaire collectif car elle a entrainé la seconde, plus récente et avec le mal incarné en la personne de l’autrichien moustachu colérique que nous connaissons tous et adorons détester. Mais pour le peuple français, cette « grande guerre » demeure une tragédie qui nous hante ad vitam. Nous n’avons plus de poilus encore en vie désormais, mais ces garçons là étaient les mieux placés pour rappeller que l’ennemi, ce n’est pas le type d’en face, mais la guerre elle-même.

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. » Winston Churchill

 

Drapeaux sur les ruines du fort de Douaumont

Le futur s’écrit ensemble. Der Zukunft wird zusammen geschrieben. Drapeaux sur les ruines du fort de Douaumont

 

À propos de Romain Roche

Backpacker. Germanophile. Danseur SBK. Retrogamer. Fou d'aviation, de photo et bien sûr d'écriture. Bienvenue chez moi.

Discussion

2 réflexions sur “La marche à Verdun

  1. SUperbe article mon Rom, a croire que tu as loupé ta vocation vraiment! Ta plume n’est-elle pas meilleure que tes autres compétences?
    C’est marrant je parlais de la seconde guerre hier soir encore (mais plutot la partie russe 😉 ).
    Alors tu es entré dans l’ossuaire de Verdun? moi pas, je suis resté devant en jetant un oeil par les fenetres derriere lesquelles s’entassent des os par milliers.
    A tres vite.

    Publié par louis | 29 août 2014, 07:45
  2. Tiens a ce propos je vois que tu as eu du soleil au fort de douaumont, je montrerai une photo de nous en train de manger des sandwitch en haut du fort, sous la pluie et la tempete! ^^

    Publié par louis | 29 août 2014, 07:47

A quoi pensez-vous?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Qui suis-je?

Romain Roche

Romain Roche

Backpacker. Germanophile. Danseur SBK. Retrogamer. Fou d'aviation, de photo et bien sûr d'écriture. Bienvenue chez moi.

Liens Personnels

Afficher le Profil Complet →

Select your language

%d blogueurs aiment cette page :